edito
Se réaliser par l'art
Robin Renucci, acteur et président de l'Association des Rencontres Internationales Artistiques*
Les rencontres internationales de théâtre en Corse se sont tenues pour la 11e année consécutive cet été.
Vous parlez d'éducation populaire concernant votre démarche. Qu'entendez-vous par cela ?
Les rencontres sont un épiphénomène. Elles font partie d'une action structurante sur le territoire du Giussani en Corse mais le projet de l'ARIA est plus vaste. Il ne s'agit pas de démocratiser la culture le temps d'un événement mais de reconnaître à chacun sa capacité de création. Dans ce but, tout au long de l'année sont organisés des stages où sont réunis des professionnels, des amateurs, des enseignants, des animateurs qui n'étaient pas appelés à se rencontrer. Ces moments sont propices à la création grâce aux singularités qui se croisent, aux échanges entre générations, entre régions, entre milieux sociaux. Tous ces mondes cloisonnés se décloisonnent autour du théâtre. Néophyte ou initié, on a besoin de retrouver, dans des lieux organisés à cet effet, des moments d'échange où l'altérité est essentielle. On transmet à l'autre, on reçoit de lui. Sans profit, dans un désintéressement passionné qui invite à converger autour de l'imaginaire. La question de l'Éducation populaire est là, notamment pour ce qui relève de la création théâtrale : retrouver un imaginaire confisqué, dans une société souvent réduite au profit.
Vous travaillez beaucoup avec des enseignants. Pourquoi et comment transposer cette approche à l'école ?
Notre transmission du théâtre forme de nouveaux relayeurs. Nous partons de l'idée que si l'enseignant a vécu, a participé à un stage tel que nous les proposons, il aura l'envie de proposer cette activité à ses élèves. En classe, le théâtre s'insère naturellement dans une pédagogie du projet. Dans le cadre de l'école, le théâtre est l'objectif mais le but c'est le chemin à parcourir. L'enfant a l'occasion de faire une rencontre avec lui-même, avec les autres.
L'Aria a-t-elle vocation à pallier les déficits de formation de l'Education nationale ?
Grâce à l'appui des collectivités territoriales, nous disposons désormais d'un nouveau lieu d'accueil « A stazzona » (la forge). Nous multiplions les rencontres tout au long de l'année. Nous pouvons accueillir des classes transplantées et aussi des stages de formation notamment pour les enseignants. Ce lieu de formation peut apparaitre comme un lieu de réparation, de compensation puisque l'Education nationale ne donne pas ce type de formation dans les IUFM. Ceci étant le ministère reconnaît la nécessité de former puisque nous avons établi des partenariats. Les aides financières permettent aux enseignants de participer à ces stages de formation continue qui apparaissent dans les plans de formation.
Les programmes du primaire à la rentrée changent introduisant l'histoire de l'art. Quel équilibre trouver entre la pratique artistique et l'étude des oeuvres ?
Pendant la campagne, le candidat, actuel président de la République, a insisté sur l'importance de l'éducation artistique et culturelle mais il n'a pas précisé de quoi il parlait. Pour nous, elle favorise l'esprit critique, la capacité de penser. Par le vecteur de la création, l'occasion est donnée à chaque enfant de se réaliser mais aussi d'engager une réflexion sur l'aliénation de notre société de consommation. Par le biais d'un savoir-faire pratique, du travail en profondeur qui met son corps dans des notions d'espace, de mouvement, de sensibilité, l'enfant s'approprie peu à peu le monde. Malheureusement, les programmes ne vont pas dans ce sens. La pratique artistique ne s'apprend dans les manuels ou à travers l'histoire de l'art. De la même façon que l'on n'apprend pas à nager en étudiant l'histoire de la natation. Rien ne remplace l'expérience sensible, c'est elle qui crée ! La place de l'œuvre devient centrale mais la place de l'artiste reste, elle, toujours à la marge et tributaire des crédits alloués aux classes à projet artistique et culturel (PAC).